Le chêne de Flagey

Regard d’enfant

Texte écrit par Marie au cours de l’atelier Ecrire l’art à propos du Chêne de Flagey de Courbet

 

Le chêne de Flagey peint par Gustave Courbet en 1864, également appelé le « chêne de Vercingétorix », me projette vers l’un de mes meilleurs souvenirs d’enfance dont l’histoire se raconte dans ma famille de génération en génération.

Mon père disait souvent à ma mère : « Ta fille a des étoiles dans ses yeux dès qu’on voyage en train », sans pour autant savoir ce qui me rendait si heureuse. Ce qui m’impressionnait, c’était tous ces arbres qui se mettaient à marcher comme le train ; ils occupaient tout mon esprit, surtout les plus gros et grands qui avaient beaucoup d’espace autour d’eux. J’avais longtemps gardé mon secret jusqu’au jour où, voyant un baobab derrière notre maison, je dis à ma mère et à notre hôte, son frère, à qui on rendait visite, que le gros arbre rencontré en chemin nous avait suivi jusqu’à notre maison. Le frère et la sœur se sont regardés puis ont souri sans se moquer. Avant qu’ils ne redescendent de leur stupeur, j’avais déjà contourné la maison pour rendre visite à mon ami silencieux le baobab qui, selon moi, avait marché comme le train et au lieu de rentrer chez lui, avait préféré s’installer derrière notre maison pour être avec moi.

L’enfant que j’étais alors, ne connaissant pas l’illusion, avait toujours pensé que lorsque l’on voyage en train, tout ce qu’on observe du train voyage aussi. A chaque traversée de village du train omnibus, je voyais toujours un gros arbre isolé de tous les autres qui, selon moi, était toujours le même jusqu’à notre destination. Depuis ce temps, mes parents avaient compris ma fascination pour tout ce que je ne comprenais pas. Mon esprit d’enfant se disait que les arbres devaient avoir des jambes comme le train qui nous conduisait, ces jambes que personne ne voyait jamais.

Je suis donc allée rendre visite à l’ami sans jambes mais qui marchait quand même à côté de mon train. Il avait beaucoup d’espace pour lui dans ce domaine pourtant très boisé. Les autres arbres plantés bien loin de lui ne pouvaient nuire à son développement, une vraie clairière autour de lui seul. Bien qu’il fût à quelques mètres du mur, par sa taille immense, il dominait notre maison et quelques-unes de ses branches interminables toujours habillées de la belle verdure sans saison projetaient de l’ombre par-dessus notre mur. Cette puissante ombre recevait les après-midis et soirées la famille avec des tabourets, chaises, fauteuils ou nattes, selon le choix de chacun pour un peu de repos après de longues journées de labeur.

De la maison, mon oncle Antoine, debout sur une chaise, pouvait me voir quand je rendais visite à mon ami, qui devait sûrement être très malheureux parce que les villageois en avaient peur. Je m’amusais à m’asseoir à plusieurs endroits de ses racines qui sortaient de partout, à sautiller et aussi à tracer mes marelles à travers elles pour jouer avec deux copines du quartier qui, comme moi, ne craignaient pas le baobab. Nous tournions autour de l’arbre aux innombrables nids protégés, juste pour voir les oiseaux sortir et voler encore et toujours plus haut. Il m’arrivait aussi de me planter devant lui un long moment pour observer sa grande taille et récolter dans un bocal la colle qui dégoulinait de son lourd tronc.

 

Sur le parcours de ma vie, j’ai rencontré après mon baobab d’autres arbres tels que :

– Le teck immense planté derrière ma classe de CP2 (nos classes étant : la maternelle, le CP1, le CP2, le CE1, le CE2, le CM1 et le CM2) qui disputait mon attention et mon esprit avec la voix de ma maîtresse. Je me sauvais souvent par le sentier interdit pour aller le voir quelques minutes, lui tourner autour, passer dans ses feuilles mortes, puis je repartais par le même sentier interdit. Ceci me faisait un grand bien. Je préférais que ma maîtresse écrive « indisciplinée » sur ma feuille de notes, car je n’aurais raté ces moments pour rien au monde. C’était la seule chose que Madame X pouvait me reprocher car malgré tout, j’étais une excellente élève, mais très distraite.

– Les quatre manguiers plantés devant la nouvelle maison d’Antoine, avec leurs fruits aux quatre différentes saveurs, que je saluais matin et soir.

– Un avocatier planté devant le domicile d’une camarade de classe chez qui je me rendais pour nos révisions, dont le fruit pouvait faire cinq fois l’avocat d’un autre pays ou servir d’entrées pour dix convives.

– Des lianes vues au milieu d’une forêt au cours d’un de mes voyages en Train à grande vitesse (TGV).

 

Je pense que le chêne de Flagey et moi avons déjà toutes les réponses à nos questions rien qu’en nous voyant ; je lui demande juste de rester éternellement tel qu’il est, que je puisse l’admirer quand j’en ai l’occasion ; je suis sûre qu’il pense comme moi, parce qu’il faut qu’il continue de remplir d’étoiles tous les yeux qui le regardent.

Je remercie le « chêne de Vercingétorix » de m’avoir fait revivre ces bons moments de l’enfance et ces souvenirs à propos des arbres.

Chaque homme doit garder une âme d’enfant.

 

 

Auteur : Marie

 

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