L’hyperacousie

 

 

Décrire ma journée, je vais devoir
Je n’interprète pas ce désir de savoir.
Comment vais-je pouvoir narrer
Sans cela vous allez vous moquer.
Je ne peux entendre sans souffrir
Hypersensible, je ne puis ouïr.
Bien, qu’il en soit ainsi !
Asseyez-vous et surtout ne m’interrompez pas.
Je ne suis pas assez grand pour supporter cela.
Hyperacousie, point le son de votre voix ici !

 

MATIN

 

Ce jour, naissance d’un nouveau jour
La terre recommence son tour et à son tour, le jour me dit bonjour.
Ivre de ces assonances je suis debout sans pareil,
Le ciel relève les éclats du soleil
Ma tête retrouve le chemin des merveilles.
Ne serait-ce point ce lutin du matin qui, avec soin, fait tout ce tintouin ?
Un oiseau qui au lointain chante avec dédain un amour sur le déclin ?
Fermez la fenêtre et laissez-moi me repaître.
Je ne saurais renaître pour mon bien-être.
Ablutions faites, j’ai une mine stupéfaite
Et les oreilles défaites !

 

Je vous observe, jeune demoiselle couleur cannelle
Après avoir écouté la leçon du silence
Je vous emmène dans les venelles
Mettant à mal ma patience.
Poursuivre la transhumance humaine
Vers des cieux professionnels peu amènes.
Pas besoin d’un langage plus clair
Les doux sons pourraient vibrer dans l’air
Perturbant ainsi mon univers.
Une onde barbare, sans embarras,
Elle m’égare.
Un brouhaha de travail sans fin
Nous mener sur le chemin de la faim.
Venez jeune demoiselle, j’ai faim !

 

MIDI

 

A l’ombre d’un aulne, se recueillir loin des hommes
Déguster un morceau de tomme et une pomme sans métronome.
Un petit doigt sur mon front,
Écouter le doux vol du papillon.
Trouver la paix sous cette marquise de bouleau
Avant un retour dans le monde du boulot.
Point de narration, laissons cette obligation
J’ai la permission d’une profusion d’actions.
Je n’ai pas l’envie comme chaque midi
M’enfermer dans un cagibi à gober des gobies.
Pas besoin de tipex pour ouvrir notre cortex
Plongeons dans un vortex.
Silencieux, le musée nous appelle
Pour nous le privilège culturel.

 

Ô surprise ! vos yeux reflètent la vie sans méprise.
Entendez-vous le chant de la pluie ?
Point d’ennui pour nos cœurs érudits.
Ces moments précieux voguent vers les cieux
Cela ne fait pas de moi un petit vieux.
Il siffle à mes tympans les mélodies d’antan
Le temps est au présent et pourtant
Je suis souffrant.
Assez de plainte, levons nos esprits
Un après-midi sans répit en votre compagnie
Un délice vécu sans bruit.
Voici chère demoiselle, mon quotidien
Certes, peu serein, je le veux bien.
Au bruit de la rue, je préfère les mélopées de mon cœur
Je vis avec ardeur dans les affres du bonheur.

 

SOIR

 

Voir le soir remplit mon cœur d’espoir.
Ce soir, je ne suis pas sans auditoire.
Laissant de côté mon hypersensibilité,
Afin de mieux suivre les routes de ma destinée
Je vous saurais gré de partager mon dîner.
Pas de regret, approcher la plénitude
D’une solitude sans turpitude.
Mon esprit est une mer calme
Nul ne peut se noyer dans la profondeur de mon âme.

 

Allez, belle jeunesse, laissons ce temps pour la sagesse
Mes oreilles retrouver la paresse de la tendresse.
Merci d’avoir atténué ma souffrance sans méfiance
Quittez ma journée sans offense.
Mais auparavant, laissez votre voix chanter
Que je puisse l’appréhender,
Et décider de la suite à donner.
Charmant fut ce moment
Vous pouvez me laisser maintenant.

 

Seul je me retrouve dans la nuit.
Me couvrant tel un bonnet de nuit.
La promesse à l’aube d’un nouveau jour, qui à son tour
Viendra me dire bonjour.

 

Auteur : Nathalie Jouve

 

 

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